Quand le numérique réécrit le présent

Quand le numérique réécrit le préLe numérique va bouleverser ce statu quo inégalitaire. Dès la fin des années 1990, les premiers Kényans à posséder un téléphone portable s’en servent spontanément pour pulvériser le plafond de verre imposé par les banques, préfigurant les débuts de l’industrie du mobile banking bien avant la création formelle de M-Pesa. De 1999 à 2002, le nombre de Kényans possédant un téléphone portable explose et passe de 24 000 individus à plus d’un million. Ils utilisent leur terminal d’abord pour communiquer, par la voix ou par SMS. Mais, rapidement, des dizaines de milliers d’entre eux détournent les usages de leur téléphone, de manière intuitive, pour s’émanciper financièrement. Ils expérimentent les premiers transferts, non pas d’argent – la technologie de transfert d’argent par SMS n’est pas encore inventée –, mais de temps de communication. Il s’agit d’Airtime, des recharges prépayées que les opérateurs vendent à leurs abonnés mobiles. C’est ainsi que, dans les petits villages (la population kényane vit à 80  % dans les campagnes), on transfère ce crédit d’appel par SMS vers un destinataire pour rembourser des dettes ou pour le troquer contre des semences. Au lieu d’être consommés, les crédits de télécommunication circulent de téléphone en téléphone d’un bout à l’autre du pays, parfois plusieurs fois dans la même heure. L’Airtime devient une monnaie alternative qui se substitue de fait au shilling kényan. Les Kényans découvrent alors qu’un portable à 10 dollars peut faire office de banque  ! Ces transferts entre particuliers prennent vite de l’ampleur. L’opérateur privé kényan Safaricom s’inspirera de ces usages et créera l’application mobile M-Pesa pour transférer de l’argent numérique. Dix ans plus tard, en 2017, l’équivalent de 43  % du PIB kényan transite par M-Pesa, fruit de l’ingéniosité populaire alliée au pouvoir du numérique, et ce pour transformer le quotidien. Voilà pour l’application économique. Qu’en est-il de l’administratif et du politique  ?sent 

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